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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 11:30

Et allez 2 autres pages dans la foulée..

 

 

Car le roi Lobe ne savait pas qu’elle était sourde, du moins pas officiellement.

Bien sûr, il le soupçonnait mais il ne voulait, à aucun prix, devoir se séparer de sa fille chérie.

Alors, il se voilait lâchement la face et applaudissait les progrès de sa princesse avec une fierté toute paternelle.

 

Le jour de ses 6 ans, Aimée fut autorisée à intégrer la grande école royale.

C’était un grand jour pour elle car elle allait enfin vivre dans le monde des autres et avoir des amis de son âge. Des amis autres que sa nourrice, les femmes de chambre et les petits animaux qui osaient entrer dans sa royale chambre.

Telle la petite princesse parfaite qu’elle devait être aux yeux de tous, elle savait maintenant parler, lire sur les lèvres, compter et répéter les nombreux mots que sa mère, la reine, lui avait patiemment appris.

Elle tremblait d’excitation à l’idée de rencontrer et jouer avec les autres enfants qu’elle ne faisait qu’apercevoir de loin en loi, dans les couloirs du palais.

Elle s’imaginait discutant avec ses nouvelles amies et riant des frasques des garçons. Hors des murs de la cage dorée qu’était sa chambre, la vraie vie lui tendait les bras.

Il y avait tant de choses à découvrir, elle avait tant de choses à partager !

Cela aurait du être une magnifique et radieuse journée…

 

Mais ce fut un désastre !

Tout d’abord, elle n’entendit pas la cloche sonner et elle arriva en retard.

Ensuite, sa royale maîtresse parlait vite et bougeait tant qu’elle avait du mal à lire sur ses lèvres.

Enfin, ses camarades de classe parlaient tous en même temps et la pressaient de questions, tant et si bien qu’elle ne put répondre à aucune.

Avant la fin de la matinée, elle était épuisée et désespérée.

Se sentant si différente et si seule, elle mangea à l’écart des autres, répondant à leurs questions, leurs critiques et leurs attentions par de pauvres sourires bien tristes.

Ses camarades la croyaient idiote et ne cessaient de chuchoter à l’abri de leurs mains en riant d’une façon qu’elle imaginait méchante. Ne comprenant pas un traître mot de ce qu’ils disaient, elle était persuadée qu’ils parlaient et souffrait terriblement de cette situation.

S’il vous est déjà arrivé d’être au milieu d’un groupe de personnes qui rient, savent pourquoi ils font et vous regardent en ricanant, alors vous savez que ce ressentait Aimée : elle se sentait « visée » comme on dit familièrement.

L’attitude de ses camarades l’excluait totalement et leur faisait prendre conscience que malgré tous ses efforts, tous ses sacrifices, elle était désespérément différente.

Différente et seule.

Car plus que tout, elle se sentait seule, terriblement seule, désespérément seule. Elle avait l’horrible impression d’être transparente, de ne pas exister réellement, d’être comme une image, inutile et abandonnée dans un coin.

Ce fut une véritable torture de rester jusqu’à la sonnerie et à peine le dernier cours fini, elle se rua dehors et fila dans les appartements royaux.

Elle se jeta dans les bras doux de sa maman et en pleurant toutes les larmes de son petit corps, elle lui raconta son horrible journée.

Apaisée par les tendres baisers de la reine, elle se reprit et demanda :

«  - Pourquoi maman ? Pourquoi ne puis-je comprendre ce qu’ils disent ? J’ai fait tout ce que tu m’as dit. J’ai travaillé dur et je ne les comprends pas. Ils bougent leurs lèvres et je ne sais pas ce qu’ils disent. Pourquoi maman ? »

 

La reine Eustache comprit alors que pour le bien de son enfant, pour que sa fille ait une place dans leur monde, elle devait lui expliquer sa différence, mettre un mot sur son handicap et tout lui raconter. C’est ce qu’elle fit.

Longuement, patiemment, elle lui expliqua ce qu’était la surdité.

Elle lui raconta l’histoire tragique de l’ancienne reine de Bigirs, la joyeuse Dèf. Elle lui apprit qu’il y a avait d’autres personnes comme elle, incapables d’entendre les sons et surtout elle lui expliqua comment ces pauvres gens étaient traités.

Plus que tout, elle insista pour que la princesse Aimée ne parle jamais de tout ceci à qui conque. Elle lui annonça que si son secret devait être découvert, son père le roi serait alors obligé de l’exiler très loin d’ici sur une affreuse île.

 

C’était un bien lourd secret à porter pour une si petite fille mais la reine Eustacha pensait sincèrement agir pour le bien de son enfant.

Elle souhaitait avant tout la protéger, à tout prix et refusait de se séparer de son unique enfant.

A sa décharge, je dois ajouter qu’elle ne savait absolument pas le mal qu’elle lui faisait et croyait l’amour et l’entrainement suffisant pour parvenir à ses fins.

Elle ne voulait pas que la reine Dèf vienne chercher sa fille chérie. Et toute cette pression, toutes ses craintes se reflétaient dans ses yeux fatigués.

Toujours très sensible aux émotions autour d’elle, Aimée sentit la détresse de sa mère adorée et décida de tout faire pour lui rendre le sourire.

Et cela devint le but de toute sa jeune vie.

Epuisée par tant d’émotions, Aimée s’endormie enfin et la reine Eustache en profita pour rejoindre son époux et tout lui avouer, afin d’obtenir son aide et son soutien pour cacher à tous le handicap de leur fille.

Tout d’abord, fidèle à lui-même, il cria, tempêta, menaça pour finir par accepter de retirer son Aimée chérie de l’école royale et la confier à un percepteur digne de confiance.

 

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