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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 11:02

Comme j'ai eu des réclamations en règle à cause de mon retard de publication de certaines d'entre vous...je continue...

 

 

Afin que personne ne puisse remarquer que les grandes et magnifiques oreilles de son enfant ne servaient à rien, la reine Eustacha décida de lui interdire, purement et simplement, les mimes et toute expression non orale. Cela peut sembler cruel mais elle pensait sincèrement avoir trouvé là le moyen d’obliger sa petite princesse à parler.

Parallèlement, elle commença à lui apprendre à lire sur les lèvres, à répéter les sons et les mots de sa langue maternelle.

Laborieusement, jour après jour, Aimée du apprendre et répéter les « aaaah » les « oooh » et les « iiih » de la langue bigirssienne.

La main posée sur la gorge de sa maman, la petite princesse sentait les vibrations que faisaient les sons et observait la position de la langue, des dents et de la bouche. Inlassablement, elle essayait de l’imiter.

Elle voulait tant faire plaisir à sa maman !

A chaque réussite, Eustacha, folle de joie, prenait son enfant dans ses bras, l’embrassait en riant et Dieu que c’était bon pour la petite fille !

A chaque échec, elle fronçait les sourcils et avait l’air si triste, si déçue que la petite Aimée redoublait d’effort pour y arriver, écorchant sa gorge et crispant les muscles de son visage.

La tendresse semblait être devenue comme une monnaie d’échange : une réussite, un bisou-câlin ; un échec, pas de bisou juste de la tristesse.

Finie l’époque heureuse des rires et des jeux !

Finies les chatouilles et les parties de cache-cache !

Aimée devait travailler sans relâche et dans son esprit d’enfant, elle comprit très vite que « c’est mal de mimer ». Parler était devenu LE moyen de rendre sa maman heureuse. De son côté, pour la reine Eustacha, la petite fille ne semblait plus être qu’une oreille tant elle était attentive à faire d’elle une personne « normale », une véritable Bigirssienne.

 

Ce n’est pas par cruauté que la reine agissait ainsi.

Elle n’avait qu’un seul désir : elle voulait à tout prix que son enfant ait une place dans leur monde pour que personne ne puisse les séparer.

Pour cela, il fallait à tout prix gommer sa différence, cacher son handicap, faire comme tout le monde. Alors, elle bridait son cœur tendre de mère qui l’incitait à être indulgente et demandait toujours plus d’effort à son enfant chérie.

Pour cela, il fallait qu’Aimée ait l’air d’utiliser ses grandes et magnifiques « feuilles de choux ».

Car dans le monde des Bigirs, comme dans le notre d’ailleurs, le sens le plus important était l’ouïe. C’était un sens inconscient, comme l’odorat, qui travaillait 24 heures sur 24 et les sons étaient à la base de toute communication, de tout échange et de toute compréhension du monde alentour.

 

Quand le corps se repose, les yeux sont fermés et ne voient plus, la bouche est close et ne goûte plus, les doigts et la peau sont immobiles et ne touchent plus.

Seuls l’odorat et l’ouïe restaient sans cesse actifs, en alerte pour détecter la moindre odeur ou le moindre bruit qui pourrait prévenir une situation dangereuse, comme un incendie ou l’attaque d’un ennemi.

Dès le 1er jour de sa vie, le bébé sentait et entendait le monde qui l’entourait et l’ouïe était culturellement plus développée que l’odorat.

L’enfant se construisait donc grâce à ce qui entendait d’abord, puis voyait.

Mais Aimée n’entendait pas.

Et dans le monde des Bigirs, elle n’avait pas le même fonctionnement que les autres. Alors qu’ils pensaient par son, elle pensait par image.

La différence n’était pas culturelle, elle était fondamentale !

 

Chaque jour, la petite princesse obligeait sa gorge à former des sons qu’elle n’entendait pas et n’entendrait jamais. Comme un joli perroquet savant, elle répétait jusqu’à l’écœurement des « ba » des « do » et des « si » pour le plus grand plaisir de sa douce maman.

Elle répétait mais se s’exprimait pas.

Il y avait tant de mots qui ne signifiaient rien pour elle.

Bien sûr, elle comprenait les mots que ses yeux pouvaient voir, que ses doigts pouvaient toucher, que ses narines pouvaient sentir et que sa bouche pouvait goûter.

Mais tous les mots qui impliquaient un bruit, un son, comme chant, cri ou musique lui étaient totalement étrangers. Malgré toute sa bonne volonté, elle n’arrivait pas à imaginer et à comprendre le sens profond qu’ils renfermaient.

Comme elle ne connaissait pas la « èlèsèf » et que le mime était interdit, elle n’avait aucun moyen d’exprimer quelque chose dont elle ne connaissait pas encore le mot comme douleur, peur ou ennui.

Alors, respectant l’interdit maternel de s’exprimer autrement qu’avec la parole, elle ne s’exprimait pas.

Elle en avait pourtant des choses à dire !

Des milliers de choses qu’elle voulait demander, exprimer et malgré ses efforts et ses progrès, cette langue étrangère, pleine de sons étranges, ne le lui permettait pas.

Quelle est la valeur des sons quand on pense par image ?

Si vous pouvez répondre à cette question, vous pouvez comprendre ce que vivait l’adorable enfant…

 

Pendant 3 ans, elle apprit à lire sur les lèvres, à répéter des mots sans queue ni tête pour elle, dans le seul but de cacher son handicap aux yeux de tous, même à ceux de son propre père, le roi.

 

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