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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 23:27

Je n’ai aucun souvenir du trajet jusqu’à l’hôpital…par contre je me souviens parfaitement que la position « assise dans la voiture » est des plus inconfortables quand on est sur le point d’accoucher.

 

Sitôt arrivés, nous sommes pris en charge par l’équipe de sage-femmes.

La tension et l’excitation font vibrer tout le service, infirmières, jeunes stagiaires, sages-femmes et docteur semblent surgir de partout, dans tous les sens.

 

Apparemment, Océane n’est pas la seule à vouloir sortir de son studio meublé…

 

Dilatée à 5 ou 6, je ne sais plus, la sage-femme qui s’occupe de moi me propose une péridurale que j’accepte sans délai et sans aucune culpabilité.

 

Chacun, chacune est libre de penser ce qu’il, qu’elle veut mais moi, je trouve débile de souffrir pour mériter le titre de « maman ».

J’espère souffrir le moins possible et ce n’est aucunement de la faiblesse à mes yeux.

Nous sommes en 1999, à la veille du 21ème siècle et je compte bien profiter des progrès de la science pour accoucher avec le moins de douleurs possible.

 

En attendant la délicieuse péridurale promise, je subis, le plus stoïquement possible, les assauts répétés et lassants des contractions.

J’enfile la chemise de nuit Gauthier offerte par la clinique (informe, ouverte derrière, moche devant…une merveille !), je passe par la case « Microlax-WC » (celles qui ont accouché savent de quoi je parle…les autres auront la joie de le découvrir par elles-mêmes…Beurk !) et j’attends dans la souffrance.

 

L’anesthésiste arrive (enfin !), m’enfonce une aiguille grande comme le bras (à peine moins…Bon j’exagère, c’est mon côté marseillais…lol !) dans le dos et peu de temps après, la douleur se transforme en ?...en ?…en froid ?...Je ne sais pas trop, en tous cas en rien qui fait du bien !

Un bien fou !

Je ne souffre plus. Je n’ai plus aucune sensation de la partie de mon corps qui se situe entre les seins et les genoux.

 

Waouhhhhh ! Quel panard !!
Me voilà détendue, complètement détendue, si totalement détendue que la fatigue me rattrape.

Je me ferais bien un petit somme pour reprendre des forces.

 

Car ça fait presque 24h que je suis sur les pattes et environ 17h que mon estomac n’a plus rien eu à digérer.

Autant dire que je suis (déjà ?) un rien faiblasse.

 

Après tout se brouille dans ma tête.

 

Je plane ! J'imagine qu'un bon pétard doit faire le même effet...

Effet indésirable mais oh combien apprécié de la péridurale ?

Aucune idée mais c’est très agréable.

Je ris quand la sage-femme me dit de pousser dès que je ressens la contraction.

Quelle contraction, je ne ressens plus rien, à part une énorme lassitude !

 

Toutefois, parfois, je sens la douleur, mais comme assourdie, venant de loin.
Parfois je me marre , parfois je pleure.

Le papa et moi sommes souvent seuls dans une chambre horriblement vide, froide et sans âme car je ne suis pas la seule à accoucher.

En plus, c’est mon 1er enfant, ça va être long…

 

Après je me souviens d’avoir du pousser, les pattes en l’air dans les étriers, dans cette position inconfortable au possible, avec mon ex qui me vaporise de l’eau sur le visage.
Je n’aime pas ça, ça me gonfle.
J'aimerais le lui dire mais il fait ça avec tant de conviction que je n'ai pas le coeur de le décevoir.

 

A vrai dire, tout me gonfle.

 

J’ai à nouveau mal, je suis fatiguée, je rêve de m’endormir et de me réveiller avec notre fille dans les bras.

 

C’est douloureux, c’est long, c’est chiant.

J’ai envie de pleurer, je pleure, je m’excuse, je jure que ça ne m’arrivera plus, je déteste l’homme que j’aime et qui m’a fait ça !

 

A un moment donné, la douleur revient en force.
J’ai l’impression que ça fait des heures que je gis là, écartelée comme une dinde prête à aller au four.

J’ai mal, je me plains et mon compagnon va chercher quelqu’un qui puisse me soulager.

Après un temps qui me paraît une éternité, j’entends une voix d’homme (docteur, anesthésiste ?) qui demande à voix basse mais en colère :

« Vous n’avez pas réinjecté de produit ? »

- Non, je ne savais pas » répond une petite voix tremblante d’une femme qui m’a l’air bien jeune.

- Bon sang ! Elle est épuisée. Restez là, je vais chercher quelqu’un. »

 

La petite jeune doit en être à son 2ème accouchement, grand max.
Je vois de la crainte dans son regard. D'avoir mal fait ou de se faire engueuler ?
Pff je sais pas et je m'en fous.

 

Arrive une autre femme.

Plus vieille, plus forte, plus dynamique. Elle s’approche de moi, m’ausculte sans douceur, fronce les sourcils et me dit brutalement:

« Il va falloir pousser un peu plus.

- Je suis fatiguée.

- Ben c’est pas le moment. Vous entendez ce bruit ? C’est le cœur de votre enfant et il devrait battre plus vite. Alors poussez !

- J’ai maaaal !

- Et bien vous n’êtes ni la première, ni la dernière. Et puis vous avez la péridurale. »

Elle jette un coup d’œil hors de mon champ de vision et dit à la petite jeune à voix pas assez basse pour que cela m’échappe :

« Tu n’as pas réinjecté de produit ?

- Ben j’ai oublié avec tout ce monde…

- Merde ! C’est maintenant qu’elle en aurait le plus besoin. Elle est déjà crevée, si en plus elle a mal…Allez madame, il faut pousser.

- Je comprends pas quand je pousse, j’ai l’impression qu’elle remonte.

- C’est votre premier ?

- Oui.

- Alors c’est normal. On s’imagine toujours plein de choses avec le premier.

- Mais ce n’est pas de l’imagination. Je le sens.

- Mais oui. Allez, il faut pousser.

- Mon frère et moi, on a failli mourir à la naissance à cause du cordon qu’on avait enroulé autour du cou. Y’a un risque pour ma fille ?

- Mais non. C’est pas héréditaire ! Poussez !

- J’en peux plus. Je suis fatiguée.

- Vous vous reposerez bientôt. Poussez ! On voit la tête.

 

Et j’ai poussé. Elle m’a répété plusieurs fois « On voit la tête. » et moi je me demandais pourquoi c’était si long.

 

«  Le bébé remonte après chaque poussée. » C’est la vieille pas sympa qui ça à la jeune qui apprend.

Je suis trop crevée pour répondre mais j’ai envie de lui hurler : « Je te l’avais bien dit, Conaaaaasse ! »

 

« On voit la tête. »
Ca fait bien mille fois qu’elle me le répète. Même mon ex commence à s’énerver, je le sens.

Sauf que cette fois-ci, c’est vrai.

La peau de vache attrape ma main et la pose entre mes jambes.
Au lieu de ma foufoune, je touche quelque chose d’incroyablement doux et chaud…la tête de mon bébé !!

C’est bien vrai cette fois-ci : on voit la tête !

Je n’ai qu’une envie : pousser pour enfin la découvrir cette tête dont on m’a tant parlé mais je suis sur les rotules. Le manque de sommeil, de nourriture a miné mes forces.

Je ne sais pas où trouver l’énergie pour pousser encore et encore.

 

Parfois, la vie vous envoie une aide inespérée et c’est ce qu’elle fit à ce moment-là.

Mon homme se penche vers moi et me murmure des paroles d’encouragement.

Il me dit qu’il m’aime, qu’il a confiance en moi, qu’il sait que je vais y arriver, que je vais lui offrir la plus belle des petites filles, il me soutient de toutes ses forces et je sens son amour.

C'est grâce à lui, à ses paroles à ce moment-là que je trouve la force de pousser.
 

Et là, tel Rocky sur son ring à la fin du film, je puise en moi une force inconnue et je pousse de toutes mes forces.


1ère poussée : je m’effondre, haletante.

2ème poussée : je ferme les yeux, j’en peux plus.

3ème poussée : je tombe presque dans les pommes.

La douleur est incroyable. C’est comme un déchirement. J’ai mal !

4ème poussée : je sens qu’elle est passée, puis je ne sens plus rien : je tombe dans les pommes avec l’image du visage gris et défait de mon compagnon.

 

On me tapote les joues, me mouille le visage en disant "Madame, Madame ouvrez les yeux. Réveillez-vous !"
Le ton n'accepte aucune opposition, j’ouvre les yeux, persuadée qu’il y a un problème mais on me dépose une adorable schtroumpfette dans les bras.

 

Elle est toute bleue, elle ne pleure pas, elle croasse comme une petite grenouille.

Ses yeux sont rivés aux miens et je comprends enfin ce que me disaient celles qui ont accouché avant moi…Le bonheur absolu !

 

Je regarde ma fille dans les yeux et je ne ressens plus aucune douleur.

La seule chose que je ressens c’est un amour incommensurable, presque impossible à croire, pour ce petit bout de chou bleuté.

Elle avait le cordon enroulé 2 fois autour du cou. C'est peut-être pas héréditaire mais je l'avais prévu...Saleté de vieille sage-femme mal embouchée !

Je me tourne vers son papa pour lui dire combien je l’aime de m’avoir fait un si merveilleux cadeau.

J’entends vaguement « Elle a perdu beaucoup de sang ! Pourquoi tu lui as pas fait une épisio ? C'était noté dans son dossier : Gros bébé prévu !"»


Je m’en fous ! Je me perds dans les yeux de mon bébé.
Elle va bien, elle est tout contre moi, elle a chaud, nous sommes enfin réunies.

 

Je suis déchirée, il faut me recoudre.
Je sens vaguement l’aiguille qui pique, le fil qui passe, je gémis et Océane aussi.

A chaque fois que l’aiguille s’enfonce dans ma chair, ma fille croasse.

C’est rigolo de voir que nous sommes encore synchro.

Mais bon, c’est ma première et on s’imagine toujours des choses avec le 1er enfant…

 

« Vous avez mal ?

- Oui mais ça fait longtemps que j’ai mal.

- Vous ne devriez pas. Je vous ai administré un anesthésiant.

- Peut-être, mais j’ai mal quand même... 

- Il va falloir pousser encore un peu pour faire sortir le placenta.
- Je peux plus !"

C'est pas vrai, contre toute attente, je pourrais encore mais à quoi bon ?
J'ai ma petite princesse serrée contre mon coeur, le reste, tout le reste, je m'en fous !
Elle n'a pas fait d'effort pour moi, je ne vais pas en faire pour elle.
Je me réjouis de la voir galérer...Je peux être garce quand je veux.

"Il faut sortir le placenta."
Tu peux bien parler, vieille peau, je ne te répondrai pas.
Tu le veux le placenta pour le revendre au marché noir de la cosmétique ?
T'as qu'à aller le chercher toi-même. Tu m'as déjà martyrisé le coeur, l'âme, n'hésites pas avec le corps...

Si je n’étais pas si heureuse d’avoir ma fille dans les bras, je lui dirais ses 4 vérités à cette peau de vache.

Mais rien, ni la colère, ni la douleur ne peuvent entamer mon bonheur.

 

Je suis Maman. J’ai donné la vie. C’est un miracle !

 

Je chantonne doucement :
"J’ai découvert qui je suis. Tout a changé le jour où je t’ai donné la vie. Et si un jour le monde était trop cruel, je serais là, toujours pour toi… »

 

C’est vrai, Océane m’a donné la vie ou du moins a donné un sens à ma vie.

Par sa venue, elle fait un reset, m’a donné une chance de connaître le bonheur.

 

Elle n’a pas résolu mes problèmes, n’a pas calmé mes angoisses mais les a relégués au second plan, a chassé mes fantômes par sa seule présence.

 

Je suis devenue maman d’une adorable petite puce de 52 cm et 3kg980.

 

Et grâce à elle, une nouvelle Sandy est née le 2 avril 1999, à 10h43.

 

Encore aujourd’hui, je ne peux empêcher mes larmes de joie de couler en pensant à ce moment magique.

 

Encore aujourd’hui, je pleure comme une vieille fontaine fêlée quand je vois un accouchement à la télé.

 

Encore aujourd’hui, mon cœur explose de tendresse et d’amour quand je repense au bonheur que j’ai ressenti alors et la fierté que je ressens maintenant.

 

Encore aujourd’hui, je remercie la vie de m’avoir donné le droit d’être appelée : « Maman » par une gamine aussi géniale que la mienne.

 

 

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commentaires

Pupuce 30/06/2009 12:02

Bonjour Sandaï,Je suis heureuse que tu fasses partie de notre communauté "racontons nos vies", et je te souhaite la bienvenue.Je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais je te promets de revenir sur ton blog !Alors je te dis à très bientot, et merci de nous faire partager des moments aussi forts que la grossesse et l'accouchement.Amitiés

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  • : Ce blog est mon journal intime virtuel où je jette les mots, les impressions, les sentiments et les émotions de la maman stressée, heureuse et parfois (souvent ??) débordée que je suis au quotidien...
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